Il y a des idées qui arrivent un soir sans prévenir. Celle-ci était simple : sortir une journée avec un seul objectif — un 50mm fixe, mise au point manuelle — et ne photographier qu’une seule couleur. Pas de zoom, pas d’autofocus, pas de filet de sécurité. Juste l’œil, les jambes, et une couleur imposée.
Le projet Un jour, une couleur est né comme ça. Six sorties à Fougères, six contraintes chromatiques, et une ville qui s’est révélée autrement.
La contrainte comme moteur
Le 50mm fixe sans autofocus, c’est une façon de ralentir. On ne shoote plus par réflexe — on compose, on se déplace, on attend. Ajoutez à ça une couleur unique à traquer dans le paysage urbain, et l’exercice devient presque méditatif. Ou frustrant. Selon les jours.
Ce qui était intéressant, c’est que la couleur change complètement la façon de regarder la ville. On ne voit plus les rues, les bâtiments, les gens — on voit des taches de couleur. L’œil filtre, élimine, sélectionne. C’est épuisant et excitant à la fois.
Couleur par couleur
Vert • 11 juin — Fougères est une ville incroyablement verte… de végétation. Retirez les arbres et les plantes, et le vert urbain se fait rare. Il faut chercher. La statue oxydée, le banc municipal, le feu qui passe au bon moment. Première sortie, premier apprentissage.
Violet • 12 juin — Le plus capricieux de tous. Le bordeaux, le prune, le lie-de-vin jouent les imposteurs en permanence. Le vrai violet se mérite. Quelques fleurs, deux portes. Et la conclusion que le vert, finalement, c’était facile.
Bleu • 13 juin — Les panneaux de signalisation, c’est la solution de facilité. La vraie question, c’est de trouver le bleu qui n’est pas obligé d’être là — celui que quelqu’un a choisi un matin sans que le code de la route l’y oblige. Une façade d’opticien, une porte au numéro 3, une moto qui passe.
Jaune • 16 juin — Fougères est en travaux. Le jaune est partout, il déborde, il envahit. Pour une fois, le problème n’est pas de trouver la couleur — c’est de choisir. Même avec l’embarras du choix, la contrainte technique reste là et sauve les photos de la facilité.
Rouge • 17 juin — Midi, soleil de plomb, équipes de chantier en pause. Le rouge est la couleur la plus généreuse de la série. Roses, sculptures, portails, bornes incendie englouties par la végétation. Après le violet et ses faux amis, c’est presque reposant.
B&W • 18 juin — Parti sous la chaleur, rattrapé par une averse arrivé au château. Difficile de rêver meilleure ambiance pour du noir et blanc — le ciel chargé a fait la moitié du travail. Sans couleur à traquer, l’œil travaille autrement : on cherche les situations, les contrastes, les petits hasards. Comme cette voiture de gendarmerie en intervention devant la banque — certains cadrages s’offrent tout seuls.
La série complète est ici
Ce que le projet m’a appris
Que certaines couleurs sont partout et qu’on ne les voit pas. Que d’autres se cachent derrière leurs cousines. Que la contrainte technique ralentit et oblige à vraiment regarder avant de déclencher. Et que Fougères, selon la couleur qu’on cherche, peut être une ville généreuse ou obstinément discrète.
Appareil : Nikon Z — 50mm fixe, mise au point manuelle. Fougères, juin 2026.
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